Tous les articles par Romain Dostes

Créer une antenne Vélo-cité

Par Hélène Durand 

Si la métropole de Bordeaux est l’acteur principal pour répondre aux attentes des cyclistes, les communes n’en restent pas moins un échelon essentiel.

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Sans volonté des élus municipaux, des maires en particulier, les choses avancent peu. Agir dans sa commune, en s’appuyant sur l’expérience et la dynamique de Vélo-Cité, convaincre les élus, proposer des solutions répondant précisément aux besoins des cyclistes : voilà un challenge passionnant ! Nous vous invitons à le relever avec nous.

Comment ? En créant une antenne locale de Vélo-Cité dans la commune où vous résidez. Vous trouverez certainement deux ou trois cyclistes motivés pour constituer le noyau du groupe, il n’est pas indispensable d’être davantage pour démarrer. En outre, Vélo-Cité compte près de 1 000 adhérents, il y en a forcément dans votre commune, n’hésitez donc pas à en demander la liste. Un petit mail, un coup de fil à chacun vous permettra de lancer la 1e invitation à une réunion. Celle-ci se fera plutôt par Skype ou Whatsapp dans un premier temps, et à terme plutôt chez vous, dans un café, voire dans une salle municipale si le nombre de participants devient trop important.

Par quelles actions commencer ? Discuter entre vous de vos trajets réguliers, des aménagements cyclables dans votre commune, de leurs qualités, des besoins prioritaires, du stationnement… N’oubliez pas de vous inspirer de notre plaidoyer pour « La Métropole à vélo » réalisé en amont des élections municipales 2020.

Et après ? Sollicitez votre mairie pour rencontrer les services et les élus afin que votre groupe soit connu et reconnu. Emmenez les élus à vélo sur la route, instaurez un dialogue régulier, constructif et exigeant, rapportez vos échanges à Vélo-Cité.

Qui peut m’aider ? Trois antennes locales sont actives à Cenon, Gradignan et Villenave-d’Ornon. Les membres de ces groupes seront ravis de vous aider à créer le vôtre.

Renseignements et inscriptions : redaction@velo-cite.org

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Cycliste et solidaire

Depuis 2015, il est le président de la Conférence de Saint-Vincent-de-Paul de Mérignac

L’association caritative chrétienne partage le même lieu (le Relais des Solidarités à Mérignac, RDS) que d’autres associations laïques (Croix Rouge , Secours populaire et Restos du Cœur) dans « une excellente entente , agréable et motivante », insiste-t-il. Le RDS n’a pas fermé ses portes pendant le confinement et continue à assurer, malgré un effectif réduit, un soutien alimentaire aux personnes en difficulté et un service de douche. Cycliste dans l’âme, il se rend donc deux à trois fois par semaine au RDS à vélo, et ce depuis 2014, date à laquelle il en est devenu bénévole, à sa retraite. Habitant Arlac, cela lui fait un trajet d’environ dix à quinze kilomètres par semaine. Ce n’est rien si l’on compte que le vélo, il le pratique depuis plus de 40 ans.

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Car avant sa vie associative, il avait sa vie professionnelle. « J’ai eu la chance de travailler sur Bordeaux, et j’allais tous les jours au travail à vélo, soit 20 kilomètres par jour. On arrive au total cumulé de plus de trois fois le tour de la planète », s’amuse-t-il à compter rapidement.» Depuis que je suis à la retraite, je peux faire presque tous mes déplacements en vélo, ou à pied, tout au moins quand ils se situent sur la rive gauche. Pour la rive droite j’y vais en tram ou en voiture.”

En revenant à un ton plus sérieux, le bénévole-cycliste revient sur l’impact de la pandémie sur l’activité de la Conférence : « Le confinement nous a poussé à aller plus loin dans nos démarches de collaboration et de complémentarité entre associations. Pour continuer en ce moment à assurer la distribution alimentaire au RDS, nous avons organisé une distribution commune gratuite en mutualisant tant nos bénévoles que nos denrées alimentaires et produits d’hygiène. Cela a permis une distribution auprès de trois cent familles dans le besoin, ce qui représente environ mille personnes.

À celles-ci, il faut rajouter une centaine de familles bulgares dans l’impossibilité de pouvoir se déplacer simplement. Nous avons donc organisé avec le CCAS et la municipalité une livraison alimentaire sur les sites mêmes des trois campements existant sur Mérignac. L’état de ces campements est déplorable : le terrain est boueux, les caravanes sont en piteux état, les conditions sanita ires désastreuses . Certes, l’occupation des lieux est illégale, mais quelle alternative propose-t-on pour ces frères en humanité ? Le confinement aggrave leur situation : plus de travail, plus de déplacement, plus d’accès à internet.

Pour les enfants, le décrochage scolaire est inévitable. Les aides sociales sont difficiles et soumises à des conditions très restrictives car officiellement ils ne sont pas migrants, puisque la Bulgarie appartient à l’Union Européenne. » Il reprend son souffle (compliqué derrière ce masque) encore marqué par ce qu’il a vu. On revient vers le vélo : « Je suis un passionné et un convaincu des bienfaits du vélo, sur le plan santé certes, mais aussi économique et écologique. Quand je pédale, je suis apaisé, c’est un temps de repos pour moi. » Nous finissons l’entretien avec la photo devant le RDS. Il serre le guidon de son vélo, on décèle chez lui un réconfort immédiat.

Par Satch’

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Dix minutes de plaisir

Par Marine Legendre, médecin au CHU de Bordeaux

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En cette période de confinement, débâcher mon vélo cargo signe le début de dix minutes de liberté jusqu’à l’hôpital. J’avoue, j’en ai même laissé tomber mon casque… Je sais, c’est mal. Je jette un œil distrait à droite, à gauche, de toute façon, personne ne roule. Dix minutes, je suis seule, je n’ai plus à trouver une occupation à mon fils et je n’ai pas encore à porter de masque ou à me badigeonner les mains de solution hydroalcoolique, je suis à distance très raisonnable de toute âme qui vive, tout va bien. Dix minutes qu’il va falloir rentabiliser puisqu’elles seront à la fois ma séance de sport, mon équivalent de balade dominicale (même si on est jeudi, enfin je crois) et ma seule opportunité de lien social, alors il ne s’agit pas de se rater. Je mets l’assistance électrique au minimum pour faire chauffer les cuisses, j’essaie de m’attarder sur les haies et les arbres en fleur, j’irai peut être acheter les mêmes quand on le pourra à nouveau et je détaille toutes les personnes qui font la queue sur le trottoir devant la boulangerie, des fois qu’il y aurait une tête connue !

Et les dix minutes sont déjà passées. Il n’y a rien eu pour me retenir, je n’ai pas eu à éviter les écoliers pressés sur la place, je n’ai pas attendu au feu pour laisser passer les trams, je n’ai pas râlé contre la voiture qui me colle un peu trop et summum, j’ai garé mon « poids lourd » dans le parking fermé du CHU sans problème. Je décharge les documents pour le boulot, les puzzles et autres livres dont on fait le trafic avec les collègues pour occuper les petits comme on peut, mon repas, mon sac à main… Il me tarde déjà le retour ; d’autres puzzles, d’autres livres, je vais faire un heureux ! Je m’arrêterai faire les quelques courses nécessaires et apprécierai encore plus que d’habitude de pouvoir me garer juste devant mon commerce de quartier. Je m’autorise quelques modestes folies, je fais quelques mètres sur le trottoir vide pour ne pas avoir à faire le détour du sens unique, je me sens une véritable hors la loi (on vit l’aventure qu’on peut) ! Merci à mon engin pour la bouffée d’air !

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Vélotaf, le temps suspendu

Interview avec Anabel Compozieux, photos : Satch’

 

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m’appelle Anabel Compozieux et je suis infirmière anesthésiste au CHU de Pellegrin, plus précisément au Centre François-Xavier Michelet (CFXM pour les intimes), qui regroupe les spécialités (ORL, ophtalmologie, plastique). J’y exerce depuis 15 ans.

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Et votre vélo il a fière allure, non ?

Oui, le hasard a fait que je me suis achetée un vélo à assistance électrique juste avant le confinement. Il est donc tout neuf.

Depuis combien vous accompagne-t-il sur le trajet domicile-travail ?

Cela fait quasiment trois ans. Mon mari travaille également au CHU et c’est lui qui au départ m’a convaincu de me remettre en selle. Depuis, je viens au Centre quasiment tous les jours en pédalant.

Quel est votre trajet ?

Il n’est pas très long car je viens depuis les vignes de Haut-Brion. Au début, j’empruntais la rue Jean Cordier, mais je me suis vite rabattue sur des rues moins fréquentées, du coup ça me rallonge un peu mais c’est plus tranquille.

« Tous les matins, c’est un petit moment d’évasion, une douce transition »

Bordeaux en plein confinement ça donne quoi du coup ?

Je pars assez tôt, avant 7h00. En temps normal, ça roule déjà pas mal. Mais là c’est un vrai bonheur. Tous les matins, c’est un petit moment d’évasion, une douce transition entre ma vie à la maison et celle qui m’attend à l’hôpital. Le contact de l’air « à la fraiche » et ce silence inhabituel en roulant me font un bien fou.

Vous avez du faire face à un emploi du temps chamboulé professionnellement ?

Tout à fait, il faut savoir qu’en temps habituel, nous sommes une équipe de 25 personnes au bloc opératoire. Avec la pandémie, elle a été réorganisée puisque certain(e)s collègues ont du rejoindre le service réanimation. Seuls celles et ceux qui étaient considérés comme plus « vulnérables » sont restés dans le service.

Un message à faire passer, question vélo ?

Oui, on constate malheureusement un grand nombre de vols sur le site. Il y a bien un local intérieur et sécurisé, mais on en rentre très peu. Enfin, ça ne m’empêchera pas de continuer à venir à vélo, je me dis qu’avec mes deux gros cadenas je ne risque a priori pas grand chose…(sourire).

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Une façon d’être au monde…

Par Noëlle Bernard, ancienne factrice à Vélo-Cité, médecin à l’Hôpital Saint-André et co-pilote du groupe Développement Durable du CHU de Bordeaux

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Un beau jour, il y a déjà trente ans, j’avais réalisé que j’avais parcouru plus de 40 000 kilomètres, soit le tour de la Terre ! Par pudeur, depuis, j’ai cessé de calculer. Ma fille m’avait alors fait remarquer que malgré ce grand trajet, j’étais « toujours au même endroit » : eh bien non, ma fille, car rouler à vélo est un acte militant d’une puissance symbolique incroyable, bien au-delà du simple coup de pédale ! Rouler à vélo est une façon d’être au monde, c’est… Ne dépendre de personne, être libre de s’arrêter pour regarder et s’étonner encore de la lumière de chaque jour, sentir les premières odeurs du printemps, ne pas polluer, ni en particules fines, ni en décibels, être économe, aller moins vite, vivre des instants étonnants comme un sourire échangé avec un ou une inconnu.e avoir une activité physique au quotidien et prévenir son risque cardio-vasculaire, etc. ou profiter d’instants pour méditer…

« Cela fait soixante ans que j’aime cet engin. Depuis toujours donc, cet outil est dans ma vie – au quotidien. »

Aujourd’hui, où notre Terre se fâche et hurle son besoin d’être respectée, je mesure la portée de cet acte du quotidien. Je l’avoue, j’ai peur et m’interroge : qu’attendons-nous de plus – quel cataclysme plus grand encore – pour apprendre à vivre autrement, plus sobrement ? Alors, sur mon VCub, seule dans les matins de Bordeaux pour rejoindre l’unité COVID dont j’ai la charge, je savoure les instants d’une ville offerte au silence et prie pour que nous devenions tous — très vite — cyclistes dans l’âme.

 

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Baromètre des villes cyclables : pourquoi Bordeaux est-elle redescendue au classement ?

Baromètre FUB

D’aucuns se sont étonnés que Bordeaux ne figure plus parmi les trois villes les plus cyclables de France, tant il est vrai que le nombre de cyclistes est en nette augmentation sur la Métropole, entraînant une hausse constante de la part modale du vélo. Le Pont de pierre a quant à lui été interdit aux véhicules motorisés et nombres d’aménagements ont été réalisés récemment. Seulement voilà, une décision aussi emblématique que celle concernant le Pont de pierre ne suffit pas pour rendre une agglomération cyclable. Dans le même temps, la piste du pont Mitterrand était fermée, les boulevards restaient en l’état tout comme la route de Toulouse, la piste « rapide » des quais était encombrée de « block-stop » et elle se perd toujours du côté des hangars, la ligne D du tram ignorait l’existence des cyclistes (cf. article page 13), des arceaux disparaissent et manquent toujours dans les lieux les plus fréquentés, il n’y a toujours pas de parcs sécurisés de stationnement en centre-ville et dans les quartiers Baromètre des villes cyclables résidentiels. Est-ce tout ? Même pas, car sans faire une liste exhaustive comment ne pas être agacé par une passerelle du Lac de Bordeaux qui devait être livrée il y a 2 ans et ne l’est toujours pas au moment où j’écris ces lignes, par les besoins en infrastructure sous-estimés face à la croissance de la pratique ou par les stationnements dangereux de véhicules sur les aménagements cyclables ? Aussi n’est-il pas étonnant que Bordeaux et les communes de la Métropole obtiennent des notes moyennes, car ne nous y trompons pas : le classement dans les premières places est flatteur parce que la concurrence est faible. L’exemple parisien, avec de gros investissements ces dernières années, prouve que les classements peuvent être rapidement bouleversés si une politique pro-vélo efficace est menée.

Alain Guérineaud

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