2020 : un oeil dans le rétro, grand braquet, on trace la route ! (Edito du Bulletin #153)

Ludovic Fouché

Lorsque début 2019 nous commençâmes à imaginer nos actions pour 2020, l’année de nos 40 ans, nous fûmes tentés, fort logiquement, de « rétrospectiver » nos grandes actions passées depuis 1980. Mais très vite nous arrivâmes à la conclusion que notre plus beau bilan, finalement, on pouvait le trouver dans la rue, avec les plus de 80 000 vélos qui sillonnent chaque jour notre métropole. Nous en fîmes une exposition, que vous avez pu voir affichée à l’automne dernier sur les façades de la Maison écocitoyenne à Bordeaux, ou encore dans le grand hall de l’Hôtel de Bordeaux Métropole. Voilà pour le passé, place au futur ! Fidèle à nos valeurs constructives tournées vers l’avenir, l’ambition que nous voulûmes donner à cette année anniversaire se devait d’esquisser quelque chose, tracer une route, fixer un cap. Et de préférence, vu d’un guidon ! Ni une ni deux, nous organisâmes un groupe de travail pour imaginer ce que pourrait devenir, dans dix ans, la mobilité au sein de la métropole, pour les cyclistes, les piétons, les enfants, les voyageurs intermodaux…

C’est ainsi que prit forme le plaidoyer « La métropole à vélo », largement diffusé à l’occasion des élections municipales, avec ses cinq piliers essentiels. Un engouement local pour le vélo sans précédent et, avouons-le, au-delà de nos espérances. On y cause développement urbain plus vertueux, ville apaisée, investissement vert, avec la mise en avant d’une solution de mobilité propre, la nôtre, la vôtre très certainement (ou très prochainement ?) : le vélo ! Ce projet, alliant construction, aménagement et changement de comportement, a su séduire un panel de candidates et de candidats de toutes sensibilités confondues, montrant à quel point le vélo était devenu un vrai enjeu pour la mobilité de demain dans notre métropole ; c’était aussi devenu, fait nouveau, un électorat à capter. Souvenons-nous aussi d’un temps qui semble déjà très lointain, ce temps que l’on appelle maintenant « le monde d’avant » : l’année 2020 avait démarré sur les chapeaux de roue, avec l’accueil à Bordeaux du 20e congrès de la FUB, la Fédération des Usagers de la Bicyclette, à laquelle notre association est affiliée. Co-organisé par Vélo-Cité pour cette édition 2020, cet événement national, sans doute l’un des plus emblématiques du monde du vélo en France, fut un cru exceptionnel, de l’aveu de tous les participants, qui étaient plus de 500 (un record !) à phosphorer dans les salons du palais de la Bourse sur l’avenir, le développement et les innovations des déplacements à vélo. Nul doute que le prestige de nos murs en pierre blonde (et celui de notre vin aussi, mais chut…) aura contribué à rendre la solution vélo encore plus branchée et enviée que jamais.

Ironie du destin, nul.le n’imaginait alors que les plus folles espérances de certaines et certains, notamment celles de voir une hausse spectaculaire de la pratique du vélo s’enclencher sous le coup d’aménagements cyclables soudainement démultipliés, allait finalement se réaliser quelques semaines seulement plus tard ! Alors que pendant une période de confinement sanitaire inédite au printemps, le vélo était donné de manière trompeuse pour « interdit », un recours déposé en Conseil d’État par la FUB (bravo !) condamna l’État à communiquer largement en réparation de cette erreur. La suite ? Le vélo s’est retrouvé propulsé comme LA solution de déplacement pour bon nombre de personnes désirant retrouver une liberté démultipliée, profitant non seulement des beaux jours de mai et juin pour se mettre au biclou, mais surtout des dizaines d’aménagements d’urgence réalisés par les collectivités pour résorber, avec une énergie jamais vue jusque là, un grand nombre de discontinuités cyclables. On se souvient du premier exemple qui nous vint de… Bogota ! Ici à Bordeaux, les premières demandes, brandies dans un entre-deux-tours bien spécial de l’élection municipale, portèrent (fort logiquement !) sur les boulevards. Là encore, la mobilisation des bénévoles et salarié.e.s de l’association porta largement ses fruits, avec la publication d’une carte des axes pertinents à nos yeux pour recevoir de tels aménagements expérimentaux, dont beaucoup ont par la suite été mis en œuvre par les mairies et Bordeaux Métropole.

L’Histoire un brin précaire des aménagements cyclables retiendra par exemple qu’il aura fallu une pandémie mondiale pour que des bribes d’aménagements d’urgence apparaissent route de Toulouse ! Cet élan citoyen en faveur du vélo fut également porté par un dispositif exceptionnel, toujours en vigueur en ce début d’année 2021 : le « coup de pouce vélo », fond d’aide national doté de plusieurs millions d’euros permettant de bénéficier d’un chèque de 50 € pour acheter un vélo d’occasion, faire réparer son vélo ou encore participer à une séance de remise en selle. Comme dans toute la filière, nos ateliers d’autoréparation et nos stages ont vu leur fréquentation largement augmenter grâce à ce dispositif, et l’on ne peut que se réjouir d’avoir vu la part modale du vélo progresser de plusieurs points.

Revers de la médaille, la plupart de nos événements grand public n’ont pu se tenir, nous contraignant à des reports ou annulations forcément préjudiciables. Comme dans beaucoup de structures, la tenue de nos réunions internes s’est retrouvée grandement contrariée, avec une difficulté supplémentaire lorsqu’il s’agit de bénévolat, qui a plutôt tendance à ne rentrer dans aucune case, si ce n’est celle de la catégorie « non essentiel ». Malgré un contexte difficile, l’année 2020 restera pour le vélo et son développement une année exceptionnelle, preuve s’il en fallait que vélo et résilience ne font qu’un ! Le chemin à parcourir pour esquisser le monde idéal que nous avons tous en tête est encore long, et notre travail, votre engagement à nos côtés, plus que jamais essentiel pour le soutenir.

Ludovic Fouché

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