L’association Vélo-Cité réagit à la polémique entretenue dans les médias suite à l’étude MMA sortie en novembre 2014

Le Conseil national de la Sécurité routière (CNSR) proposait le 8 décembre 2014 un système d’amendes minorées adaptées aux cyclistes tel qu’il a été expérimenté à Strasbourg. Bien entendu, Vélo-Cité encourage les cyclistes à respecter le code de la route. Mais pour alimenter le débat, vous trouverez ci-après l’ensemble de nos arguments sur ce sujet qui enflamme certains médias et leurs lecteurs.

1 – N’inversons pas les rôles : les principaux responsables des accidents de la route ne sont pas les cyclistes. Le cycliste n’est considéré comme responsable des accidents mortels qui lui arrivent que dans 30 % des cas (10 % pour les piétons) : les cyclistes accidentés, et plus encore les piétons, sont d’abord des victimes. Toutefois, contrairement aux idées reçues, il y a peu (proportionnellement) d’accidents mortels de cyclistes : en 2013 avec 147 cyclistes tués sur 3268 morts sur les routes de France, ils représentent 4 % des tués, dont 2/3 sont accidentés hors agglomération. Concernant les piétons dont on entend régulièrement qu’ils sont terrorisés par les cyclistes, en 2011 sur les 519 piétons tués lors d’un accident de la route, 2 l’ont été suite à un choc avec un cycliste. Le véritable danger pour le piéton est donc plutôt le véhicule motorisé.

2 – Des amendes adaptées en fonction du danger occasionné
Il semble cohérent d’adapter, pour une même infraction, le montant de l’amende au risque généré. Par exemple, le montant ne serait pas le même selon que c’est un piéton, un cycliste ou un automobiliste qui grille un feu rouge, parce que les conséquences en matière de danger induit pour autrui ne sont pas les mêmes. Il n’y a pas de raison pour que le cycliste soit plus verbalisé qu’un autre type d’usagers : il n’est ni le plus « infractionniste », ni le plus dangereux.

3 – L’association Vélo-Cité forme les cyclistes. Notre association, via la vélo-école, les remises en selle, les animations, les stands, les interventions en entreprises et collectivités et l’accueil qu’elle propose toute l’année, dispense de nombreux conseils aux cyclistes afin qu’ils circulent en ville en toute sécurité. Cela passe certes par l’apprentissage du code de la route avec ses spécificités pour les cyclistes (panneaux, équipements obligatoires…), mais aussi par la connaissances de règles de sécurité qui elles ne sont pas inscrites dans le code (ne pas rouler trop près des voitures en stationnement pour éviter les ouvertures de portière, rouler à distance des véhicules à gros gabarit = angle mort…). Via la promotion des recycleries dont nous sommes partenaires, Vélo-Cité aide les cyclistes à maintenir leur monture en bon état, ce qui est également un gage de sécurité.

4 – Il faut réaliser les aménagements favorables aux modes actifs, et les faire connaître. Le code de la route a connu récemment des évolutions favorables aux modes actifs (doubles- sens cyclables, cédez-le-passage-cycliste-aux-feux, zones de rencontre, zones 30, priorité au piéton qui traverse même en dehors des passages piétons, sas vélo, prudence accrue à l’égard des usagers les plus vulnérables…). Il faut désormais que les villes généralisent les aménagements relatifs à ces évolutions qui aident à réduire les accidents et leur gravité. De plus, ces aménagements contribuent à diminuer les situations où les usagers actifs se retrouvent en infraction. La plupart des communes de l’agglomération travaillent à un meilleur partage de la rue entre usagers. Mais ces mesures sont peu connues et donc mal comprises par les habitants. À quand de grandes campagnes d’information TOUT PUBLIC des collectivités en partenariat avec les associations d’usagers ?

5 – Le vélo est un mode de déplacement sûr et sain qu’il faut encourager. Faire du vélo au quotidien permet de réaliser les 30 minutes d’activité physique par jour, recommandées par l’OMS pour faire diminuer notamment le risque de maladies cardio-vasculaires (170 000 morts par an en France). De plus, faire du vélo ne pollue pas ce qui nous fait dire que faire du vélo c’est bénéfique même pour ceux qui n’en font pas. C’est donc un mode de déplacement à encourager, d’autant plus que le développement de la pratique cycliste a un effet protecteur : plus il y a de cyclistes, moins il y a d’accidents (masse critique, « conspicuité » (plus on voit des cyclistes, plus on est habitué à les voir et plus on les prend en compte lors des déplacements)). C’est pourquoi nous pensons certes qu’il faut verbaliser les infractions des cyclistes, mais qu’il ne faut pas se tromper de combat. Si c’est la sécurité qui est visée, il faut abaisser la vitesse des véhicules en ville (Ville à 30) et encourager la pratique cycliste notamment en travaillant sur la cohérence et la continuité des aménagements. Il conviendrait également de communiquer sur le partage de la rue et sur la place de chacun dans l’espace public.